C’était le chaînon manquant entre le monde du médico-social et le monde de l’éducation nationale. Les Pôles d’Appui à la Scolarité (PAS) sont déployés progressivement en Alsace depuis septembre 2025. Objectif : apporter des solutions rapides et personnalisées aux élèves rencontrant des difficultés.

Rencontre avec Emmanuelle Ferry-Quieti, professeure de l’Education nationale, et Amandine Taubert, éducatrice spécialisée du DITEP La Forge. Le binôme partage son expérience sur la mise en place de « leur » PAS, celui de Colmar Berlioz Saint-André.

Comment se passe un accompagnement ?

Emmanuelle Ferry-Quieti : nous pouvons être sollicitées par les établissements scolaires ou les parents, quand un·e élève est en difficulté dans sa scolarité. En général, nous réalisons un temps d’observation en classe pour voir quelles réponses apporter, comme des aménagements dans l’environnement de l’élève, en co-construction avec enseignant·es et parents.

Nous pouvons faire appel à un « plateau technique ». Autrement dit, à des spécialistes comme des psychologues, des ergothérapeutes, des assistantes sociales ou des orthophonistes, sollicités en fonction des situations.

Nous faisons également le lien avec les différents professionnels qui suivent déjà l’élève, afin que les informations soient bien partagées et assurer une prise en charge cohérente et fluide. Si l’enfant n’est pas suivi, nous pouvons l’orienter.

Avez-vous un exemple d’accompagnement réalisé ?

Amandine Taubert : nous avons suivi un élève de CE1 concerné par des difficultés de concentration. C’était très difficile avec son enseignant et les autres élèves. Nous avons mis en place du matériel pédagogique adapté. Les élastiques de chaise, les coussins à picot ou les balles anti-stress peuvent aider les enfants à se concentrer. Parfois, cela suffit à répondre à leurs besoins. Nous avons préconisé d’alléger sa charge de travail et de créer des fiches de travail adaptées.

Emmanuelle Ferry-Quieti : nous avons également rencontré une enfant de maternelle atteinte d’une maladie du métabolisme. Elle ne pouvait pas marcher normalement, ce qui posait des problèmes pour le quotidien, l’apprentissage, l’inclusion et en cas d’urgence. Avec l’aide d’une ergothérapeute, nous lui avons fait fabriquer une chaise sur roulette sur-mesure afin qu’elle soit scolarisée dans de bonne conditions.

Amandine Taubert : Nous avons aussi soutenu et accompagné la mère de cette élève pour réaliser les démarches.

Quel est votre rôle auprès des parents ?

Amandine Taubert : il y a beaucoup d’écoute et de soutien. Certains parents se retrouvent complètement démunis et ne savent plus vers qui se tourner. Les retours de l’école sur leur enfant sont parfois centrés sur le négatif. Nous veillons aussi, après le temps d’observation en classe, à leur parler du positif. Le fait que nous soyons extérieures à l’établissement scolaire permet de temporiser et d’apaiser certaines situations.

Emmanuelle Ferry-Quieti : quelque part, nous avons un rôle de médiatrices. Certains parents nous disent des choses qu’ils n’osent pas confier à l’école, par peur d’être jugés par exemple. Reconnaître que son enfant rencontre des difficultés peut aussi être compliqué.

Comment les élèves sont impliqués dans les Pôles d’appui à la scolarité ?

Emmanuelle Ferry-Quieti : nous les responsabilisons au maximum. Comme les parents, les enfants doivent être acteurs de cet accompagnement. Souvent, ils ont besoin de reprendre confiance. Dans le cas de l’élève concerné par des difficultés de concentration, il a aussi passé du temps en classe ULIS (1). Cela lui a permis d’obtenir certains acquis scolaires. Il a ensuite réintégré sa classe d’origine en se sentant encadré et pris en considération.

Vous avez une approche très bienveillante…

Emmanuelle Ferry-Quieti : nous ne sommes pas là pour juger. Le PAS est avant tout un service aux familles, un lieu d’écoute bienveillante. Nous espérons contribuer du mieux possible à mettre du lien entre l’école et les familles. L’objectif étant de travailler au bien-être de l’élève, de manière à créer les meilleures conditions possibles afin de favoriser son apprentissage. C’est aussi une question d’inclusion.

Amandine Taubert : nous cherchons comment faire au mieux pour que les particularités des élèves soient prises en considération, tout en tenant compte du collectif. Aménager une zone de répit ou travailler la posture de l’enfant, cela semble être de petites choses, mais cela a un effet réel sur le bien-être.

Que se passe-t-il une fois la mission du PAS terminée ?

Emmanuelle Ferry-Quieti : dès que nous avons posé les bases et répondu à l’urgence, ce qui peut prendre plusieurs semaines ou plusieurs mois, nous passons le relais aux professionnels adéquats pour un accompagnement sur le long terme. Cela peut être la MDPH, les professionnels de santé, l’AESH… 

En 2025-2026, Emmanuelle Ferry-Quieti et Amandine Taubert ont reçu 65 demandes. Le PAS de Colmar recrute un·e ergothérpaute pour son plateau technique. N’hésitez pas à consulter les offres sur notre site carrière pour en savoir plus.

(1) Les Unités localisées pour l’inclusion scolaire (ULIS) sont des classes adaptées aux enfants rencontrant des handicaps ou des troubles moteurs, du développement, du langage…