L’intelligence artificielle bouleverse la société. Et la Fédération de Charité Caritas Alsace a décidé de prendre les devants sur le sujet. « L’IA est de plus en plus utilisée pour l’accompagnement des personnes vulnérables », souligne Valérie Wolff, responsable du département recherche à l’ESEIS. Elle est aussi maître de conférences associée en sociologie à l’Université de Strasbourg.

« Les travailleurs sociaux s’en servent pour rédiger leurs rapports et trouver des pistes d’intervention, poursuit-elle. Et les managers pour le pilotage stratégique ou la rédaction de documents institutionnels. Sauf que l’intelligence artificielle commet des erreurs, a des biais. Il faut être formé pour l’utiliser au quotidien, en mesurer les enjeux éthiques et garder un esprit critique. »

C’est pourquoi une formation à l’intelligence artificielle a été organisée par l’organisme de formation et le Pôle Enfance de la Fédération de Charité Caritas Alsace, le 3 juin dernier à Sélestat. Elle était destinée aux managers des DITEP La Forge et Les Tilleuls, la maison d’enfants Le Chalet, Cottolengo et la SEI du Ried. Toutes accompagnent des jeunes en situation de handicap, concernés par des troubles du comportements et/ou confiés par l’aide sociale à l’enfance.

L’enjeu de l’intelligence artificielle dans le médico-social

« Cette journée fait suite à notre premier séminaire des managers, en novembre 2025, rappelle Angèle Leblond, responsable formation de la Fédération. L’objectif était de travailler de manière plus transversale entre nos différents établissements. Mais aussi d’identifier un certain nombre de besoins. L’intelligence artificielle a remporté la majorité des suffrages concernant la formation. »

La Fédération de Charité Caritas Alsace a également publié, en avril dernier, une charte pour un usage responsable de l’IA, pour l’ensemble de ses salariés. L’ambition était de promouvoir une utilisation responsable, éthique et éclairée de ces technologies.

Protéger le public accueilli par la Fédération de Charité Caritas Alsace

La formation a débuté par le recueil des attentes de la trentaine de participants. Impact environnemental, utilisation des données, système d’abonnement… Le sujet intéresse et, rapidement, échanges, débats et partages d’expériences sont lancés. « Comment arriver à détecter ce qui a été produit par IA ? » s’interroge un participant. « Nous recevons déjà des lettres de motivation écrites par IA, » abonde une de ses collègues.

La formatrice Valérie Wolff a passé en revue des différents systèmes d’IA et leurs spécificités. Puis elle a abordé le cœur du problème pour des structures médico-sociales : la confidentialité. « On ne sait pas comment sont exploitées les informations transmises à ces plateformes. La plus grande prudence est de mise », a-t-elle rappelé.

Travailler sur des cas concrets

A base d’exemples concrets, Valérie Wolff a également abordé les questions liées au RGPD, au RIA et souligné les points à vérifier avant d’utiliser l’intelligence artificielle. Autre enjeu d’importance : le secret professionnel, l’anonymisation et la pseudonymisation. La formation s’est poursuivie dans l’après-midi en petits groupes, pour travailler sur des cas concrets.

« J’utilise un peu l’IA et j’avais conscience que ce n’était pas toujours fiable, confie un participant. C’était intéressant d’avoir toutes ces informations pour être sûr de l’utiliser correctement. »

Avec l’évolution rapide de cette technologie, la question de l’IA devrait être intégrée aux plans de formation des différents établissements de la Fédération ces prochaines années.