Lauréate en 2025 du Prix du développement durable de la Fédération de Charité Caritas Alsace, la Résidence Les Capucins, établissement du pôle insertion, a choisi de faire pousser bien plus que des légumes avec son projet « De la terre à l’assiette ».
Au départ, il y avait une idée simple : créer un potager. Mais aux Capucins, le projet est rapidement devenu bien plus ambitieux. Pensé autour du jardinage, du compostage, du tri des déchets et de la cuisine, « De la terre à l’assiette » s’inscrit dans une démarche globale où l’écologie devient un outil d’insertion sociale.
Un potager pensé comme un espace de transmission
Le projet a vu le jour à partir d’un constat partagé par l’équipe. Parmi les personnes accueillies à la résidence, certaines rencontrent des difficultés avec la langue française, l’accès à l’emploi ou simplement avec le fait de retrouver un rythme et des activités au quotidien.
« L’objectif était aussi de valoriser les compétences des résidents. Beaucoup disposent d’une solide expérience en agriculture ou en maraîchage acquise dans leur pays d’origine. Ce projet leur permet de transmettre et de partager leurs savoir-faire », explique Serge Rué, chef de service aux Capucins.
L’idée du potager leur a donc été proposée dans le cadre des groupes d’expression. La réponse a été immédiate. Et l’enthousiasme des résidents a confirmé qu’il y avait là quelque chose à construire collectivement.
Un jardin qui fait pousser les échanges aux Capucins
Le potager a été installé sur plusieurs espaces de la résidence, sur une surface d’environ 135 m². Là où il n’y avait auparavant que de la pelouse, les résidents ont progressivement fait apparaître des rangs de légumes.
Pour cette première année, l’équipe a choisi d’expérimenter différentes méthodes de culture. Le sol a notamment été préparé en limitant le travail mécanique et en utilisant du foin pour couvrir la terre et conserver son humidité.
« Chacun a sa manière de cultiver. On échange, on teste, on observe… Et chacun peut apprendre des autres. Le paillage du foin par exemple a suscité quelques interrogations au départ, » raconte Serge Rué.
Tomates, courgettes, aubergines, pommes de terre, petits fruits… Certains légumes racontent aussi les histoires et les cultures des personnes accueillies.
C’est notamment le cas du gombo, planté à l’initiative d’un résident qui connaissait particulièrement bien cette plante. Une occasion de partager ses connaissances avec les autres et de faire découvrir de nouvelles saveurs.
Au total, 362 kg de fruits et légumes ont été récoltés dont une centaine de kilos de tomates.
La terre, les récoltes et l’assiette
Le projet ne s’arrête pas au potager. Les légumes récoltés sont utilisés dans les ateliers cuisine de la résidence. Lorsqu’il y a suffisamment de production, ils sont également mis à disposition des résidents qui cuisinent dans leur logement. Certaines récoltes peuvent également être transformées en confitures, compotes ou autres préparations.
Un petit groupe, mais beaucoup d’engagement
Un petit noyau de résidents particulièrement motivés participe régulièrement aux plantations, à l’entretien et aux récoltes, notamment les jeudis ou vendredis après-midi. À ces habitués viennent parfois se joindre d’autres résidents, intrigués par l’activité et attirés par l’ambiance.
Après les récoltes, les participants se retrouvent souvent dans le patio. On discute, on plaisante, on échange autour du jardin et de la vie quotidienne. C’est précisément cette dimension qui fait la richesse du projet. Le potager est un prétexte pour se retrouver.
Certains résidents, jusque-là très discrets ou peu présents dans les activités collectives, ont progressivement trouvé leur place grâce au jardin ou aux ateliers cuisine.
« Il y a un résident qui était très réservé au départ. Petit à petit, il s’est mis à participer au jardin. On a vu qu’il avait un véritable savoir-faire, qu’il maîtrisait les gestes. Et puis, il a commencé à échanger avec les autres. Le jardin lui a permis de prendre confiance, » raconte Serge.
Le jardin permet aussi de travailler autrement la question de la langue. Au fil du temps, les échanges deviennent plus naturels.
Le compost : donner une deuxième vie aux déchets
Le projet « De la terre à l’assiette » comprend également un important volet consacré au tri des déchets et au compostage. La prochaine étape consistera à renforcer la sensibilisation au tri, notamment à travers les groupes d’expression.
Des contenants spécifiques seront installés dans les cuisines afin de permettre aux familles et aux personnes isolées de trier les déchets végétaux : épluchures, fruits abîmés et autres déchets organiques pouvant être compostés.
Une aire de compostage est déjà en cours d’installation sur le site. L’objectif est double : réduire la quantité de déchets produits et produire, à terme, une ressource utile au jardin.
Une première année pour expérimenter
Cette première saison a aussi été celle des essais. Le projet ayant démarré à la fin du printemps, l’équipe a choisi de tester différentes cultures et différentes pratiques plutôt que de chercher immédiatement la perfection. Certaines plantations ont mieux fonctionné que d’autres. Certaines courgettes ont souffert de maladies. Les petits fruits ont été touchés par la sécheresse et les pommes de terre ont dû composer avec un sol encore assez caillouteux.
Mais ces difficultés font partie de l’apprentissage. Pour l’hiver, le choix est de laisser la terre se reposer et de la couvrir d’une épaisse couche de foin. Au printemps, l’équipe pourra observer comment le sol a évolué et adapter les plantations.
Prendre soin de la terre, c’est aussi prendre soin des personnes
Le potager illustre bien cette philosophie. Une graine que l’on plante et que l’on entretien, avec le temps, par porter ses fruits. Le processus demande du temps, de la patience et de l’attention.
L’accompagnement social fonctionne parfois de la même manière. Les progrès ne sont pas toujours immédiatement visibles. Une participation à un atelier, une conversation, une compétence retrouvée ou un moment de convivialité peuvent sembler modestes sur le moment… Mais laisser une trace dans le parcours d’une personne.
À la Résidence Les Capucins, « De la terre à l’assiette » fait pousser des légumes. Mais il fait aussi pousser l’autonomie, la confiance, la coopération et le lien social.






