Comment se sent une personne âgée lorsqu’elle se lève, marche, lit un document ou tente simplement de ramasser un objet au sol ? C’est à cette question qu’ont pu répondre les professionnels de l’EHPAD Caritas grâce à un atelier de sensibilisation animé par l’Équipe Mobile de Prévention de la Perte d’Autonomie des Personnes Âgées (EMP3). Cet après-midi du 1er juin, 16 salariés ont pu vivre l’expérience à tour de rôle.
À travers des exercices de simulation et l’utilisation de matériels spécifiques permettant de se mettre à la place d’une personne âgée, les salariés ont pu expérimenter différentes limitations liées au vieillissement : diminution de la force musculaire, raideurs articulaires évoquant l’arthrose, troubles de l’équilibre, baisse de l’audition ainsi que des altérations visuelles simulant notamment le glaucome ou la cataracte. Ils ont ainsi été conduits à effectuer divers gestes du quotidien dans des conditions proches de celles vécues par certains résidents.
Comme le souligne Nathalie, psychomotricienne au sein de l’EMP3, « l’objectif est de permettre aux professionnels de ressentir physiquement ce que peuvent vivre les résidents au quotidien, afin de mieux comprendre leurs difficultés et adapter leurs accompagnements ».

Changer de regard sur les difficultés des résidents
Très rapidement, les salariés inscrits à cet atelier ressentent différentes sensations : ralentissement des déplacements, fatigue plus importante, perte de repères visuels et difficultés à conserver leur équilibre. Cette immersion permet de prendre pleinement conscience des défis auxquels sont confrontées les personnes âgées.
Parmi les dispositifs utilisés, des lunettes simulant un glaucome ont particulièrement marqué les participants. Cette pathologie visuelle réduit le champ de vision en ne conservant que la vision centrale.
Une participante témoigne : « C’était vraiment intéressant. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la perte d’équilibre et la difficulté à percevoir l’environnement. Même des gestes simples deviennent très fatigants. »
Pour Romain Devrand, ergothérapeute au sein de l’EMP3, cette mise en situation est essentielle : « L’idée est de faire expérimenter certaines difficultés liées au vieillissement afin que les équipes puissent mieux comprendre ce que vivent les résidents, mais aussi réfléchir aux adaptations possibles dans l’environnement et dans les pratiques d’accompagnement. »
L’EMP3 : un accompagnement durable avec l’EHPAD Caritas
L’Équipe Mobile EMP3, est une initiative dédiée à soutenir et à accompagner les équipes de professionnels travaillant dans les Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) et Services de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD). Leur mission principale est d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées en prévenant les risques liés au vieillissement, tout en promouvant l’autonomie.
L’EMP3 se concentre sur une série de risques prioritaires ciblés, tels que l’ostéoporose, la sarcopénie, les douleurs, les chutes, les problèmes de mobilité, la contention, les troubles du comportement et cognitifs, l’hygiène bucco-dentaire, et la dénutrition. L’EMP3 est portée pour la Zone Territoriale Basse Alsace Sud Moselle (GHT10) par les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et l’ABRAPA.
Cette intervention à l’EHPAD Caritas s’inscrit dans un programme plus large mené par l’EMP3 auprès de l’établissement. Composée de professionnels spécialisés : ergothérapeutes, psychomotriciens, neuropsychologues, diététiciens et enseignants en activité physique adaptée, l’équipe intervient régulièrement afin de soutenir les pratiques et développer une culture de prévention à l’EHPAD Caritas.
Après une première année consacrée aux contentions, l’équipe travaille actuellement sur les troubles neurocognitifs. Les interventions mensuelles permettent d’aborder progressivement différents aspects de l’accompagnement : ateliers pratiques, visites des locaux, analyses des environnements de vie et temps de réflexion avec les équipes.
Comme le résume Nathalie Jolivet, « ces temps réguliers permettent d’installer une vraie réflexion dans la durée, pour faire évoluer les pratiques petit à petit, et pas seulement sur une seule journée ».
De son côté, Romain Devrand insiste sur l’impact concret pour les équipes : « Ce travail permet d’identifier ce qui facilite ou complique la vie des résidents, et de construire ensemble des solutions adaptées à leurs besoins et à leur autonomie ».
Cette démarche progressive contribue à améliorer durablement la qualité de l’accompagnement en EHPAD, en plaçant toujours le vécu des personnes âgées au cœur des pratiques professionnelles.