Dans un coin de l’atelier, Marc ajuste avec précision une piste de circuit automobile. Depuis plus de vingt ans, il est bénévole chez Carijou, où il redonne vie aux jouets grâce à un travail minutieux mêlant savoir-faire et souvenirs d’enfance.
Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai bientôt 69 ans et je suis bénévole à Carijou depuis sa création en 2000. Avant cela, j’étais enseignant spécialisé. J’ai passé ma carrière à accompagner des élèves en difficulté. Aujourd’hui, je poursuis cet engagement autrement, à travers le bénévolat.
Comment avez-vous connu Carijou ?
J’ai découvert l’association grâce à des amis, mais surtout grâce à sa fondatrice, Marinette Gonon, qui était directrice d’école maternelle. C’était une femme remarquable, à la fois très élégante et dotée d’un grand sens de l’humour. Elle pouvait passer d’un éclat de rire à un sérieux total en un instant pour se remettre au travail. J’aimais beaucoup ces moments de partage avec elle.
À cette époque, nous nous retrouvions le mercredi après-midi pour donner quelques heures de notre temps. Carijou venait tout juste de naître d’un constat simple : une grande quantité de jeux et de jouets était gaspillée, aussi bien dans les écoles que dans les familles. L’objectif de Marinette était de leur offrir une seconde vie.
Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le bénévolat et nous décrire vos missions concrètes ?
À mes débuts, c’était beaucoup plus rudimentaire. Nous travaillions dans des hangars, parfois dans le froid, avec des moyens limités. Mais il y avait déjà cette idée forte : ne pas laisser les jouets finir à la poubelle. Les personnes en insertion étaient principalement des chômeurs en fin de droits ou des personnes sortant de prison. Il n’existait pas encore de véritables dispositifs de reconversion.
À mes débuts, j’ai constaté que les circuits de voitures et de trains n’étaient ni réparés ni valorisés, faute de spécialistes. J’ai donc décidé de me lancer dans ce domaine et de prendre ce créneau. Je me suis spécialisé dans la revalorisation de circuits de voitures, surtout de marque Carrera, dont les pièces détachées sont facilement disponibles.
Derrière cela, il y a aussi une histoire plus personnelle : une passion d’enfance pour les circuits automobiles, que je n’avais pas pu avoir à l’époque parce que c’était trop cher. Aujourd’hui, cette passion continue autrement, à travers ma collection de petites voitures, surtout des Citroën, ainsi que quelques trains électriques que je garde précieusement chez moi.
Qu’est-ce qui vous motive dans ce travail minutieux ?
Le moment où tout redémarre. Quand un circuit refonctionne, ce n’est pas seulement un objet sauvé, c’est un souvenir, une histoire remise en mouvement et parfois une deuxième, voire une troisième vie offerte aux jouets.
Pouvez-vous nous décrire à quoi ressemble une journée type dans votre engagement bénévole ?
Je viens généralement tous les jeudis à l’atelier Carijou à la Meinau. Je commence par examiner les objets mis de côté, notamment les circuits. Ensuite, je démonte, nettoie et remonte chaque pièce avec précision avant de les tester. On sent d’ailleurs un vrai regain d’intérêt pour ce type de jouets. Il m’arrive aussi d’identifier certains jeux ou d’en comprendre le fonctionnement. Parfois, une notice ou un peu d’expérience suffit à débloquer la situation.
Vous participez aussi à une collecte importante ?
Oui, j’ai contribué à la mise en place d’un point de collecte permanent dans le centre socioculturel à Sarre-Union, à l’entrée de l’espace petite enfance. Le lieu accueille aussi des activités pour les jeunes de 10 à 18 ans, ce qui nous a semblé particulièrement intéressant.
En cinq ans, nous avons dépassé les 10 tonnes de jouets collectés sur un territoire d’environ 24 000 habitants !
Les personnes en insertion le disent souvent : les dons sont d’une très belle qualité. Les objets arrivent propres, avec peu de travail à effectuer. Un simple coup de chiffon, un contrôle des pièces pour les jeux ou les puzzles, et ils peuvent repartir en circulation !
Qu’est-ce que vous aimez le plus dans cet engagement ?
Je me sens simplement utile, et je crois profondément en ce que fait Carijou ! Ce que j’apprécie avant tout, c’est l’esprit d’équipe et le respect entre tous. Bénévoles et salariés en insertion, chacun a sa place. Je viens chaque semaine avec toujours le même plaisir. Je me sens pleinement impliqué, je partage souvent des contacts ou des pistes pour aider les personnes en insertion à retrouver du travail.
Il y a aussi une forte dimension humaine. Certaines personnes croisées ici, je les recroise des années plus tard : le lien reste. On pourrait d’ailleurs imaginer créer un rendez-vous avec les anciens de Carijou !
Une anecdote marquante ?
Je me souviens de deux circuits Carrera que j’avais restaurés avec soin. À peine mis en vente, un client a entendu leur prix… et a immédiatement acheté les deux exemplaires disponibles !
Plus largement, il arrive souvent que des objets considérés comme sans valeur, un vieux jouet abîmé ou un ours en peluche usé par exemple trouvent preneur immédiatement. Il suffit parfois de reconnaître leur histoire ou leur rareté.
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