Servir chacun, au cœur du quotidien

Prêtre depuis 1999, Christophe Metzinger est aumônier et animateur social à l’EHPAD Caritas à Koenigshoffen depuis 2020. Sa mission : être présent là où la solitude se fait la plus lourde.

« Chaque personne a une mission, et chaque personne a de l’importance, jusqu’au dernier souffle », dit-il avec conviction.

Chaque mardi après-midi, il célèbre la messe dans la chapelle de l’EHPAD, accueillant tous ceux qui le souhaitent. Mais sa présence ne se limite pas aux rites : elle se traduit par le regard, la parole et le temps partagé. Après la messe, résidents et personnels se retrouvent autour d’un goûter, chantent ensemble, rient parfois, et surtout se sentent exister.

« Ici, chacun comprend qu’il compte encore, qu’il est reconnu et qu’il a toujours une place parmi les autres. Ces moments partagés font du bien : ils créent du lien, brisent la solitude et redonnent un peu de souffle au quotidien. »

Pour donner plus de justesse à son action, Père Christophe a choisi de se former avec Caritas Alsace : deux diplômes en animation sociale et en coordination de l’animation sociale. Une manière pour lui de confronter son agir à une posture plus professionnelle, de dialoguer avec les équipes sur un pied d’égalité et de ne pas intervenir uniquement en tant qu’aumônier. Comprendre davantage, ajuster sa pratique et mieux accompagner : pour lui, se former, c’est aussi mieux servir.

Faire voyager le cœur et l’esprit

Dès le premier confinement en 2020, il entend les résidents : « On aimerait bien voyager… » Alors il transforme leurs murs en fenêtres sur le monde. Des projections d’œuvres d’art, accompagnées de discussions et de musique, offrent aux résidents des moments d’évasion et de réflexion.

Après la pandémie, il organise chaque mois des sorties culturelles où les résidents choisissent le programme, partagent un repas et (re)découvrent le monde extérieur. Pour beaucoup, c’est une renaissance :

« Même pour quelques heures, ils sortent de leur chambre et retrouvent le goût de l’émerveillement. »

Son accompagnement passe aussi par des moments créatifs, comme les ateliers de compotes où les résidents, aux côtés du père Christophe, préparaient ces douceurs… non pour eux-mêmes, mais pour les personnes d’autres étages.

« L’idée était de les mettre en valeur, de faire quelque chose pour les autres », confie-t-il.

Certains gardent encore en mémoire le goût de ces compotes, douces et réconfortantes, qui ont sans doute réveillé des souvenirs et des émotions longtemps oubliés.

La beauté comme langage universel

Avec lui la chapelle devient un lieu vivant et accueillant, rythmé par les saisons et les fêtes : crèches à Noël, fleurs et sources au printemps, arbres à Pâques, bougies à la Toussaint… Tout est pensé pour que la beauté rejoigne le cœur des résidents, même ceux dont le corps ou l’esprit est fragilisé. Un jour, une résidente avec des troubles cognitifs, émue en découvrant le décor de la chapelle lors de la Toussaint, s’est exclamée : « Mon Dieu, que c’est beau ici ! » Pour lui, ce moment résume tout : la beauté peut toucher même ceux que la maladie ou la solitude isolent.

Parmi les temps forts de l’année, les résidents attendent avec impatience l’exposition de crèches. L’histoire commence pendant le Covid : la crèche de l’établissement avait disparu. Par un heureux hasard, le père Christophe en retrouve une. Il la récupère, la repeint, la recrée…

L’année suivante, une magnifique crèche de style italien refait surface. Il l’illumine d’un décor soigné, mêlant paysages désertiques, personnages et touches de neige. Puis arrivent d’autres crèches, et avec elles une idée : pourquoi ne pas créer une véritable exposition  ?

Aujourd’hui, chaque année, l’exposition, ouverte à tous, invite les résidents à voyager de scène en scène, chacun y trouvant un langage qui lui parle. Pour le père Christophe, chaque crèche est une façon unique de rappeler que Dieu s’adresse à chacun, à sa manière.

Accompagner jusqu’au dernier souffle

L’accompagnement du père Christophe va bien au-delà de ce qui se voit. On le croise dans les étages, échangeant une plaisanterie avec le personnel, partageant un rire avec les résidents, semant des instants de légèreté.

« Un petit rire peut transformer une journée », aime-t-il rappeler.

Mais sa présence prend aussi une profondeur silencieuse auprès des personnes en fin de vie. Il veille sur celles qui sont seules, prie à leur chevet et s’assure que personne ne parte sans être accompagné. Lorsqu’un résident n’a pas de famille, il célèbre des funérailles dignes, parfois seul face au cercueil. Chaque année pendant le temps du carême, il propose également l’onction des malades à tous les résidents qui le souhaitent. Ainsi une quarantaine de résidents, munis de cette force spirituelle se trouvent réconfortées. Ces moments précieux rappellent à chacun qu’il est précieux, reconnu et accueilli.

À travers ces gestes, il démontre que l’attention portée à l’autre, le soin, l’écoute et la créativité peuvent transformer un quotidien fragile en une vie habitée de sens, de dignité et de joie.

Et le père Christophe n’agit pas seul. Il est soutenu par des bénévoles de Caritas ou rencontrés lors du pèlerinage de Lourdes pour l’installation des crèches, et peut compter, tout au long de l’année, sur la présence fidèle de deux bénévoles qui se rendent régulièrement à l’EHPAD. Pour lui, sa mission est simple : être pleinement présent à chaque vie, jusqu’au dernier souffle.

« Ce que je fais est un grain de sable dans l’océan, mais c’est au moins ça », confie-t-il avec humilité.

Car derrière chaque geste, chaque sourire et chaque parole se cache un message essentiel :

« Vous comptez. Vous avez de la valeur. Vous avez encore quelque chose à offrir au monde. »

Même dans la fragilité, il rappelle que la vie garde toujours une lumière et il s’efforce de la faire briller pour chacun.